Albert Vecten
a présidé le Conseil Général
de 1982 à 2003


Comment et pourquoi êtes-vous devenu président du Conseil général ?

Mon prédécesseur n’ayant pas décidé de renouveler son mandat, il fallait que l’assemblée départementale choisisse un nouveau président. A l’époque, j’étais vice-président du conseil général et plusieurs de mes collègues conseillers généraux m’ont sollicité.

J’ai été élu en mars 1982, au moment même où nous allions instaurer la loi sur la décentralisation. Je suis donc le premier président à avoir mis en place la décentralisation dans la Marne.


Comment avez-vous vécu le passage à la décentralisation en 1982 ?

Pendant plusieurs mois, nous avons travaillé avec le préfet de l’époque, monsieur Gilbert Masson, pour que ce passage se fasse dans les meilleures conditions. En 1982, le président du Conseil général s’est en effet vu confier, à la place du préfet, l’exécutif du département. Le transfert de cet important pouvoir, qui me permettait notamment de proposer et de faire voter un budget annuel à l’assemblée départementale et ensuite de l’exécuter, s’est très bien passé dans la Marne.

D’autres changements sont intervenus à l’époque : l’Etat et le Conseil général ont partagé les bâtiments abritant leurs services respectifs, puisque précédemment le préfet avait la responsabilité de tous les services dans notre département. Le personnel, c’est-à-dire les fonctionnaires ont également été répartis, en fonction de nos responsabilités et des charges que nous avions chacun à assumer, sans tenir compte de leur appartenance à la fonction publique de l’Etat ou à la fonction publique territoriale. Les fonctionnaires concernés ont eu ensuite cinq années pour choisir où ils voulaient travailler, excepté ceux de la direction départementale de l’équipement (DDE) qui sont toujours restés des agents de l’Etat mis à la disposition du Président du Conseil général.


20 ans après, quelles sont selon vous les grandes avancées de cette réforme ? Qu’a-t-elle apporté au Département de la Marne ?

Je pense que le fait d’avoir clarifié la responsabilité des collectivités et celle de l’Etat est une excellente chose. Chacun a reçu des compétences très visibles et nous avons développé les moyens humains et financiers pour parvenir à exercer pleinement nos missions de service public.
N’oublions pas que la loi de 1982 a donné aux départements, à l’exemple des communes, une véritable autonomie. Elle a confié aux élus, et au président à travers son pouvoir exécutif, le soin de régler eux-mêmes les problèmes marnais.
Enfin la décentralisation a permis une grande continuité et une vraie permanence dans l’action départementale : je peux en témoigner, car je suis un des cas particuliers qui, depuis 20 ans, assume l’exécutif d’un département, alors qu’un président de conseil général est élu tous les 3 ans, lors du renouvellement partiel de son assemblée.


Estimez-vous que la décentralisation doit évoluer aujourd’hui ou en êtes-vous pleinement satisfait ?

Comme toute chose, je pense qu’après 20 ans de fonctionnement, il faut actualiser la décentralisation…voir si les compétences qui nous ont été confiées en 1982 correspondent bien encore à l’évolution de notre société.

A cet égard on peut se poser quelques questions : par exemple, le Conseil général ne pourrait-il pas prendre en charge la modernisation et la sécurisation de l’ensemble du réseau routier, national et départemental ? Le département ne pourrait-il pas être responsable des collèges et des lycées, notamment au regard du développement des cités scolaires, tandis que la région s’occuperait des universités ?

Nous devrions par ailleurs penser à régulariser la situation des services de l’équipement dont les agents dépendent du ministère de l’équipement pour leur promotion et leur notation, alors qu’ils devraient logiquement devenir des fonctionnaires territoriaux, quitte à leur laisser le choix un certain temps, comme nous l’avons fait avec les autres agents travaillant aujourd’hui pour le département.
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